29.08.2008
ce n'est qu'un au revoir
Merci à toute l’équipe de 20 minutes.fr. Je déménage sur le site de l’Obs. Ceux qui veulent peuvent me retrouver ici.
A bientôt, j’espère…
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19.08.2008
Sacrifices humains
Il y a une question que je n’entends nulle part après la mort des dix soldats français. Et à mon sens, elle vaut la peine d’être posée : les véhicules blindés français sont ils suffisamment blindés ?...
L’opération des Talibans, pour ce qu’on en sait, semble avoir été menée comme celles que j’ai pu voir en Irak. Un ou plusieurs IED, des mines artisanales enterrées en bord de route. Invisibles et meurtrières, elles sont devenues les armes les plus terribles des insurrections afghanes, irakiennes et libanaises. Je les ai vues à Baghdad et à Gaza. Elles sont déclenchées à distance quand les véhicules passent dessus. Puis les combattants attaquent au RPG, à la roquette, les véhicules qui sont restés immobilisés.
Si vous êtes correctement blindé, vous avez une chance de continuer à rouler. Au moins un peu, pour vous sortir de l’embuscade.
Sinon ?
Vous restez sur place.
Ce genre d’opérations est responsable de 80 % des morts dans l’armée américaine en Irak.
Pour réduire leurs pertes, les Américains ont amené des véhicules de plus en plus cuirassés sur le terrain. Des Strykers. Et même une sorte de camion blindé très haut sur pattes. Sans compter les tanks.
De ce que je connais des VAB français, ils me semblent légers. Pas conçus pour ce genre de guerres.
Mais je peux me tromper.
Il faudrait juste se poser la question.
Parce que c’est vraiment désagréable de circuler dans une zone aussi hostile en ayant l’impression de rouler en Ami 8…
19.07.2008
Siné qua non
Viré de Charlie Hebdo pour excès de caricature… Caricaturer d’accord mais dans les limites du convenable. Siné, l’homme qui conchie toutes les chapelles, tous les tribalismes, tous les chauvinismes devrait savoir que l’époque n’est plus à l’outrance.
Je ne le connais pas Siné mais depuis que je suis gosse, ses dessins m’accompagnent. Ses petits mickeys furibards. Pas dans la dentelle. Un style entre deux gueules de bois. J’ai lu la phrase sur le fils Sarko qu’on lui reproche. Pas fin. A la Siné. Il suggère que le fils Sarko est prêt à se convertir au judaïsme pour épouser une riche héritière. Que faut-il y lire ? Une mise en lumière de l’opportunisme du petit monsieur qui a su si bien mener sa barque à Neuilly ? Ou comme le dénonce le flamboyant journaliste néo-sarkozyste Claude Askolovitch : anti-sémitisme puisque Siné affirme que pour réussir, il faudrait être juif ?
Siné est il assez imbécile pour penser un truc pareil ?
Personnellement, et jusqu’à preuve du contraire, j’appartiens au camp de ceux qui en doutent.
Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de remarquer que Claude Askolovitch peut se montrer beaucoup plus tolérant envers des propos frôlant le racisme. Ainsi quand des journalistes israéliens de Haaretz avaient publié une interview d’Alain Finkielkraut où celui-ci remarquait - avec le style serein et bienveillant qui le caractérise- que nous étions la risée de l’Europe parce qu’il n’y avait, disait-il, que des noirs dans notre équipe de foot, Asko se fend d’un papier dans l’Obs. Devinez qui il conspue ? Les félons israéliens qui ont eu le toupet de mettre dans l’embarras le grand idéologue de l’anti-métissage ! Et de rappeler, fort à propos, qu’il y a aussi des « putes » en Israël.
Quant à Philippe Val, qui pratique avec un art consommé le journalisme de l’amalgame, j’avais admiré la maestria de son édito où il démolissait le travail de mon ami Denis Robert (l’homme qui a forcé le ministre Longuet à la démission par ses enquêtes, puis qui a organisé l’appel de Genève avec des rigolos du calibre du juge Baltazar Garzon, pour une meilleure coopération judiciaire contre la criminalité financière, puis enfin, pour son plus grand malheur, qui a croisé le chemin d’une banque un peu compliquée et hargneuse : Clearstream). En quelques glissements successifs, Denis Robert était lui aussi devenu suspect d’antisémitisme. Vous savez pourquoi ? Parce que quand on fait du journalisme d’investigation, d’après Val, c’est qu’on a la manie du complot. Et si on a la manie du complot, c’est qu’on est un peu pareil que les types qui ont écrit le protocole des sages de Sion. Les antisémites russes qui avaient inventé un texte sur un faux complot juif. Pourquoi se fouler à chercher les faits, trois comparaisons, ça fait la blague... Si ça démoli un peu plus un gars qui a eu à subir plus d’une centaine de visites d’huissiers, peu importe. Peu importe aussi qu’il ai gagné la plupart de ses procès. Peu importe que Clearstream ai hébergé des banques aussi morales que la BCCI. Val ne connaît pas la BCCI. Et de toutes façons, que valent les faits, quand on a raison ?...
Je vous écris tout ça alors que je suis chez un ami en Grèce. Il vit au bord d’une falaise et ne retient de ce qui se passe en France que les embruns. Lui, il connaît bien Siné qu’il a invité ici, en vacances, l’année dernière, pour quelques jours. Mon ami, Mark Held, qui a quelques années de plus que moi, il a eu à fuir et combattre des antisémites sur lesquels le doute n’était pas permis. On les appelait les nazis. Il est même médaillé de la résistance. Et comme il était fou furieux de cette chasse aux sorcières contre son pote Siné, je lui ai offert l’espace de mon blog, pour qu’il s’exprime. Mark est un peu juif. C’est secondaire. C’est surtout un gars qui aime la liberté…
Carte blanche :
A CHARLIE HEBDO
Non content de nous infliger depuis trop longtemps ses éditos indigestes, sentencieux, autant que bien pensants, Philippe Val donne maintenant dans l'abjection.
Il accuse Siné d'antisémitisme et l'exclut du journal. Il règle ainsi d'une façon sordide un vieux compte nauséabond, celui qui l'oppose depuis des lustres à une bonne partie des lecteurs du journal; ces lecteurs qui ne lui sont restés fidèles que grâce aux talents et à l'insolence de ses collaborateurs et pas à l'idéologie fumeuse de son patron.
Siné antisémite! Ce serait une bonne blague si cela ne relevait pas d'une chasse aux sorcières, initiée par des écrivaillons embourgeoisés prêts à toutes les forfaitures pour être du bon côté du manche médiatique.
Nos pères, si pleins de tolérance et d'humour doivent s'arracher les "payès" dans leur paradis kashèr en voyant la petitesse suffisante d'un Askolovitch et de ses comparses.
Oui! A cette insulte fielleuse, ma part de juif se révolte, partagée entre le dégoût et le rire. Quels nabots du journalisme il faut être pour se livrer à de telles bassesses, et quels flatteurs soumis pour les soutenir?
Oui, de la même façon qu'il défend les "underdogs" toutes couleurs confondues,Siné est le grand ami des juifs, Siné est notre ami, le meilleur de nos amis, l'ami de ce que nous avons de meilleur en nous! Siné,à te lire depuis si longtemps, à te fréquenter, j'en témoigne et suis prêt à le faire jusqu'à ce que tes lamentables détracteurs soient confondus.
Siné tu es un "mènsch"*, Siné je t'aime.
Mark Held
* "celui qu'on admire et qui sert d'exemple, celui qui a un noble caractère"
(Leo Rosten "Les Joies du Yiddish" . Livre de poche
05.07.2008
Juste un pas de côté...
Puisque nous en sommes à nous réjouir à juste titre de la libération de Ingrid Bettancourt. Et à découvrir avec intérêt ce pays où j’ai eu la chance de me rendre quelques fois, la Colombie, je profite de ce moment de grâce pour déplacer légèrement la lumière et la caméra afin de vous montrer ce qui est toujours resté dans l’ombre.
Savez vous que la Colombie est le pays au monde où l’on tue le plus de syndicalistes ?
2300 en 20 ans. Un par semaine en ce moment. La violence politique et sociale atteint des niveaux inconnus ailleurs sur la planète. Des organisations comme Amnesty International ont beau le dénoncer à longueur de rapports bien documentés, ça n’émeut personne.
Pourtant, l’occident n’est pas absent du jeu. Des militants syndicaux travaillant dans des filières ou des sous-traitants de Nestlé et Coca Cola ont été tués. Par des nervis embauchés par la direction.
Dernièrement c’est la multinationale du fruit américaine, Chiquita, qui a plaidé coupable pour avoir pendant sept années, financé un groupe para-militaire d’extrême droite censé les protéger contre les attaques des FARC .
Problème : les paramilitaires se livraient non seulement au racket mais aux massacres de civils (d’après des témoignages rapportés dans une émission de CBS, 60 minutes, ils seraient allé jusqu’à décapiter des enfants dans une zone où les villageois étaient suspects de sympathies FARC).
En 2001, devant tant d’exactions, le gouvernement américain a classé les para-militaires en groupe terroriste. Pourtant, pendant deux ans, Chiquita va continuer à financer les bandes armées. Ce que ne nie pas le PDG… Pouvaient pas faire autrement, se défend-il.
La situation de violence sociale est telle en Colombie qu’un groupe de parlementaires américains vient de demander des sanctions contre un pays qui n’arrive pas à protéger ses syndicalistes.
Tout cela pour rappeler que les FARC ne sont pas le seul groupe sanguinaire en Colombie.
26.06.2008
Pourquoi la BBC?
Pourquoi la BBC est-elle une chaîne qui fait référence? La question mérite d'être posée au moment où Nicolas Sarkozy vient d'annoncer qu'il allait désigner seul le patron du service public audiovisuel.
La BBC fabrique des programmes plutôt intéressants parce que la créativité et l'indépendance politique sont un peu mieux protégés qu'ailleurs.
Et comment?
Le système anglais a créé une sorte de corps intermédiaire entre le pouvoir et l'audiovisuel qui s'appelle le Board of Trustees. Des professionnels reconnus nommés par le parlement et "appointed by the Queen".
Ce sont eux qui nomment les patrons de chaîne. Ils se doivent de respecter avant tout l'intérêt du public. Quelle est leur toute première mission, visible en noir sur blanc dans leur charte exposée sur le site internet?
"Protéger l'indépendance de la BBC en résistant aux pressions de toute sorte."
09:28 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
22.06.2008
bola
S'il n'y avait pas les gros paquets de pognon, les agents, la vulgarité qui suinte.
Si n'y avait pas la haine de substitution, le chauvinisme, les petits fachos de toutes les couleurs qui s'y épanouissent.
S'il n'y avait pas Thierry Roland.
S'il n'y avait pas la compétition un peu imbécile. S'il n'y avait pas les classements.
S'il n'y avait pas les interview sans intérêt, répétitifs, de joueurs qui n'ont rien à dire.
S'il n'y avait pas une économie du spectacle qui relève parfois de la mise en scène du vide.
S'il n'y avait pas le léger sentiment qu'on offre des jeux au peuple.
ça serait parfois très beau, le football...
"A emoçào da ideia quando ginga..." (Chico Buarque)
L'émotion d'une idée qui chaloupe.
20.06.2008
Dassault et les chômeurs
Serge Dassault trouve que les chômeurs sont trop chers. Ça ne m’étonne pas du tout.
Le Rafale, avion fabriqué par Serge Dassault, a coûté 35 milliards d’euros d’argent public. On en vend pas. Ou vraiment très peu. Donc nous avons tous avec notre argent financé un avion formidable qui ne sert à rien. Sauf au prestige technologique de la France. Et à assurer certainement des marges assez confortables à l’entreprise Dassault.
35 milliards d’euros ! Pour vous donner un ordre de grandeur, le trou de la sécu, le gouffre abyssal dont on nous rebat les oreilles, c’est 7 milliards…
Même le ministre de la défense du gouvernement Sarkozy, Hervé Morin, l’a dit qu’il était trop cher le Rafale…
Moi personnellement, je trouve qu’entre faire des pirouettes dans les salons d’aviation et construire des logements sociaux ou créer des postes dans les hôpitaux, il est permis d’hésiter. Voire de débattre. Si on nous demande notre avis.
En 2006, nous avions réalisé une enquête sur le Rafale dans 90 minutes, l’émission sur Canal plus, malheureusement défunte.
Serge Dassault, de Dassault aviation, de l’UMP et propriétaire du Figaro, nous avait donné une interview. Garantie brute de décoffrage.
Journaliste : - C'était un peu cher le Rafale, non?...
Serge Dassault : - Mais, non, pas du tout, vous mettez pas en tête des idées pareilles...
Journaliste : - 35 milliards d'euros d'argent public quand même...
Serge Dassault - Mais c'est sur 20 ans...
Journaliste : - Oui, mais c'est beaucoup pour un avion qui ne se vend pas...
Serge Dassault : - Mais non, ce qui coûte cher à l’état, c'est plutôt les chômeurs..."
30.05.2008
La bonne foi
Les coups durs continuent pour Charles Enderlin, le journaliste de France 2 responsable du sujet sur la mort du petit Mohamed à Gaza. Des images tournées par son cameraman Talal Abou Rama, qui ont fait le tour du monde et qui ont généré contre lui des attaques d’une violence aussi irrationnelle que révoltante. De petits groupes de pression liés à la droite pro-israélienne, l’accusent, en gros, d’avoir diffusé des images mises en scène. Enderlin a porté plainte contre un certain Karsenty. En première instance il avait gagné (sans peine). Mais voilà que la justice, en appel, tout en reconnaissant le caractère diffamatoire des attaques de Karsenty, reconnaît à celui-ci le bénéfice de la « bonne foi » et donc l’absout d’une condamnation.
Je dois avouer que cette « bonne foi », indéniable, me fascine depuis un bout de temps. C’est un véritable trait d’époque.
Douter de ce qui est sous votre nez. Des avions du 11 septembre. De la mort du petit Mohamed. Encore un complot du Mossad. Ou de l’OLP.
C’est la collection rouge et or permanente.
A l’époque du magazine 90 minutes que je dirigeais, j’avais reçu dans mon bureau Thierry Meyssan et un certain Huber de Metula News. Parce que je brûlais de curiosité de les voir développer leur argumentation. Comment des gens apparemment intelligents, qui peuvent rentrer et sortir de l’immeuble sans qu’on fasse appel à deux costauds en blouse blanche, allaient-ils me présenter les choses ?
Quand je fis remarquer à Meyssan que, tout de même, deux avions avaient été flanqués dans les tours et qu’un autre avion, vraisemblablement celui du Pentagone, avait disparu avec plus d’une centaine de passagers, que quelques dizaines d’automobilistes avaient tous vu un avion pulvériser une aile du Pentagone, il avait eu cette phrase que je me suis promis de ne jamais oublier : « Quand un doute aussi tangible existe, les preuves matérielles n’ont plus de pertinence. ». J’étais resté sans voix. Je contemplais avec vertige l’immense pouvoir de l’envie de croire. Car Meyssan était sincère. De bonne foi. Comme était sincère Monsieur Huber quand il niait la mort du petit Mohamed. Je l’avais aussi reçu. Il m’avait expliqué en ralentissant les images du cameraman de France 2 qu’on voyait passer une main devant l’optique, et regardez bien, oui oui, cette main fait un signe : trois doigts, j’ai enquêté, disait-il, c’est un code dans le milieu du cinéma, ça veut dire qu’ils ont joué cette scène trois fois. Une main passait effectivement furtivement devant l’objectif en plein milieu du chaos, de la panique et des hommes qui fuyaient en tous sens une pluie de balles. Et il fallait beaucoup de foi pour y voir celle d’un metteur en scène de cinéma donnant l’ordre d’une troisième prise… De foi, Huber n’en manquait pas.
Et les impacts des balles ? Les bouts de parpaings qui tombaient sur le petit Mohamed et son père ? La poussière soulevée par les rafales ? Les trous dans le mur qu’on voyait encercler l’homme qui protégeait l’enfant derrière lui et demandait de la main qu’on cesse de tirer ?
Mise en scène, puisque les trois doigts seuls révélaient la vérité vraie… D’ailleurs, le petit n’était pas mort, Monsieur Huber en avait la preuve… mais il ne l’avait pas apportée.
J’étais à Gaza quinze jours après les faits en 2000. Le carrefour de Netzarim était l’un des endroits les plus dangereux de la bande de Gaza. Et quand les tirs commençaient, sans distinction, n’importe qui pouvait être touché. Chaos, peur, danger et mort, voilà ce que j’ai vu à Netzarim.
Les actes de foi de ceux qui « voient » autre chose que le réel empêchent pourtant de poser les seules questions qui à mon sens valaient d’être posées. Etait il raisonnable, à Netzarim, pour la police palestinienne d’envoyer au feu contre les israéliens des hommes armés alors que tous les civils n’avaient pas dégagé le carrefour ? Oui, un risque immense était pris pour leurs vies. Les Palestiniens, s’ils souhaitaient combattre avec les soldats israéliens du fortin de Netzarim auraient du créer un cordon de sécurité, empêcher les civils de passer, évacuer la zone. C’était la seule attitude responsable.
Dans l’immense anarchie de l’intifada à Gaza, ce ne fut pas fait. Ou alors très mollement. J’ai vu de mes yeux des policiers palestiniens tenter d’empêcher des enfants d’aller jeter des cailloux sur une autre colonie, près de Rafah. Avec le sourire. Tout en voyant bien que les gosses passaient par les champs, contournaient leur vague dispositif.
Voilà, à mon sens, ce qui pouvait être vraiment mis sur le compte de l’autorité palestinienne. Leur part de responsabilité dans la mort du petit Mohamed, par ailleurs très probablement tué par des balles israéliennes.
Imaginer qu’il existe un Deus ex-Machina, un monstre froid au milieu des tirs à balles réelles, qui mette en scène la fausse mort d’un enfant, ce serait à hurler de rire, si ce n’était pas à pleurer.
Enfin, il faudra quand même que quelqu’un dise un jour que celui sur lequel s’acharnent des illuminés divers, le journaliste Charles Enderlin, est un type formidable. Un juste. Qu’il essaye depuis tout ce temps d’apporter un peu de lucidité dans ce chaudron des passions vénéneuses. Qu’il s’est engagé comme homme pour que la paix avance. Pour que les enfants justement, quelle que soit leur identité, cessent de mourir avant d’avoir vêcu.
22.05.2008
La liberté de se taire
A la table d’honneur, il y a le président Bush figé dans un rictus qui ressemble à un sourire. Dans la salle de réception, les correspondants de presse à la Maison Blanche, en smoking et nœud papillon, pour leur dîner annuel de 2006. Au micro, costume étriqué, cheveux noirs plaqués, Stephen Colbert, explique leur boulot au par terre de journalistes : « Ecoutez, voilà les règles du jeu, voilà comment ça marche : le président prend des décisions… C’est lui le décideur, OK ?... Son porte-parole annonce ses décisions, et vous, les gens de la presse, vous les tapez sur votre ordinateur : Décision – Communiqué - Rédaction… Passez ça au correcteur d’orthographe si vous voulez, et rentrez chez vous ! Profitez de votre famille ! Faites l’amour à votre femme ! Commencez à écrire ce livre qui vous trotte dans la tête depuis si longtemps… vous savez… l’histoire du reporter intrépide qui a le courage de faire face au gouvernement… Un roman! »
Stephen Colbert anime un show satirique sur Comedy Central. Colbert est un comique. Pas Frédérique Lefèvre, l’homme de l’UMP qui exige que tous ses communiqués soient publiés par l’Agence France Presse. Colbert personnifie un faux journaliste conservateur plus bushiste que le président Bush qui clame ses louanges jusqu’à la caricature. Pour rire. Catherine Pégard, vraie journaliste conservatrice, conseillère du président Sarkozy, ne rigole pas quand elle vient annoncer sur Canal Plus que le président n’aime pas qu’on le caricature.
Ce qui devient dangereux en ce moment –ce qui enrichit les humoristes les plus paresseux et tracasse les journalistes- c’est qu’entre la caricature et la réalité, les frontières deviennent floues. A mesure que l’état de grâce se dissipe, que les sondages plongent, les colères du président contre la presse (bientôt contre la réalité et contre les faits ?...) se font plus explicites. Le 7 mai, devant 264 députés de l’UMP, il a nommé des journaux coupables: le Parisien, Marianne, l’Express, le JDD, l’AFP…
Le président leur reproche d’être un contre-pouvoir, d’assumer une « fonction d’opposition ». Le président n’aime ni la caricature, ni l’opposition. Et l’intimidation, surtout en rafale, ça marche (nous sommes un certain nombre à l’avoir testé pour vous). Les patrons tiennent un peu le choc. Et puis il arrive que certains s’affaissent.
Comique supplémentaire de la situation, nous sommes en train d’assister au contraire de ce qui avait été promis par le candidat Sarkozy. Souvenons-nous : un Etat plus moderne, plus transparent, plus accessible au citoyen. Plus de liberté. La rupture !...
A la demande de Corinne Lepage, avocate écologiste et ex-ministre du gouvernement Juppé, j’ai moi-même participé à une mission d’experts initiée par le ministre Jean Louis Borloo lors du Grenelle de l’environnement. L’un de ses buts : imaginer des lois qui permettent aux citoyens d’accéder plus facilement aux informations détenues par les administrations. Notamment celles qui concernent la santé publique et l’environnement. Il faut savoir que notre pays est le plus opaque de toutes les démocraties occidentales. Dans les pays scandinaves, vous pouvez exiger les notes de restaurant d’un ministre. Aux Etats Unis, vous pouvez demander la déclassification de documents à la CIA, au FBI. C’est l’effet d’un pacte arraché de haute lutte par le citoyen à celui qui le représente : Tu es élu et j’ai le droit de savoir ce que tu fais en mon nom et avec mon argent. En 2004, avec quelques centaines de journalistes et avocats, nous avions lancé une campagne, « Liberté d’informer » pour nous aligner sur les démocraties modernes.
En France, même lorsque les documents concernent la santé publique, ils restent souvent inaccessibles. Corinne Lepage a couru pendant des mois après une étude sur un OGM Monsanto, tenue secrète par le ministère de l’agriculture français et démontrant un souci sur des cellules du foie chez les rats. L’étude n’a pu être obtenue qu’à travers l’Allemagne, grâce à sa loi plus souple sur l’accès aux documents.
Aujourd’hui les idées de la mission d’experts Lepage en sont encore au stade de la proposition. Le texte est sur le bureau du ministre et je tiens à dire que j’applaudirais sincèrement si elles font un jour l’objet d’une loi. J’attends avec impatience tout en contemplant d’un œil circonspect les aller-retours au parlement d’une autre loi, celle sur l’accès aux archives historiques. Durcie par le Sénat, assouplie par l’assemblée, elle continuera à donner aux fonctionnaires le droit de ne pas communiquer de documents qui pourraient mettre en cause leur « vie privée ». Cet argument discrétionnaire permit pendant des années de garder le silence sur les agissements de Maurice Papon, d’abord pendant l’Occupation comme collabo fournisseur d’enfants juifs aux nazis, puis comme préfet de la Seine, en 1961, lors des massacres d’Algériens à Paris en Octobre…
Rappelons le, aux Etats Unis, vous pouvez consulter sur internet, tout de suite, les notes manuscrites du président Nixon lorsqu’il pris la décision d’étrangler économiquement le Chili d’Allende.
Je suis comme tout le monde, j’essaye de ne pas trop loucher sous l’effet des illusions d’optique. Faut-il se réjouir d’une loi qui protège les sources des journalistes ? Ou se demander ce que signifie l’exception : sauf dans le cas d’un « intérêt impérieux » ?…
Je suis comme tout le monde, je me demande si la France bouge vraiment et si oui, dans quel sens exactement ?...
12.05.2008
Phom Penh
Saviez vous qu’au Cambodge, Alain Delon vend des cigarettes ? Il en vend dans toute l’Asie. Des panneaux publicitaires géants sont placés dans les carrefours majeurs de la capitale. « Cigarettes Alain Delon, le goût de la France ».
C’est un marché qui n’est pas encore régulé par ces emmerdeurs de la Santé Publique. Aucune mention sur les dangers du tabac, ces stickers désobligeants qui gâchent le commerce. Il y a du fric à se faire dans le Tiers Monde. Les asiatiques sont crédules. En prenant la pose, on arrive assez facilement à leur faire croire qu’on a la classe comme Alain Delon quand on fume des Alain Delon (au fait, en vrai, il fume Alain Delon ? ou c’est juste pour la photo ?).
A Phnom Penh, j’ai vu des adolescents clope au bec. Et même des petits loupiots de la rue, huit ou neuf ans, pas plus. Je ne vais pas faire facile et rappeler que fumer tue. Que fumer envoie les clients d’Alain Delon en soins palliatifs, car là où Alain Delon vend des cigarettes, il n’y a pas d’unité de soins palliatifs, du moins pas pour les indigènes.
Ils crèvent, c’est tout.
Mais attention, ne jamais croire que Alain Delon est un homme sans éthique ni principes. Il a même une vision du monde, Alain Delon. Il trouve qu’on paye trop d’impôts en France (combien il touche pour son petit business de cigarettes, Alain Delon, quelqu’un osera-t-il un jour lui poser la question ?). Il soutient Nicolas Sarkozy. Et il envoie une lettre au président chinois, en personne, pour protester contre les mauvais traitements aux chiens.
Il est comme ça, Alain Delon, courageux, droit, un rayon de lumière dans un monde gagné par les ténèbres.
Là où l’obscurité se fait, Alain Delon sera toujours là pour vous donner du feu.





























